Affichage des articles dont le libellé est cunnilingus. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est cunnilingus. Afficher tous les articles

jeudi 5 juillet 2012

Souvenir I : Un week-end avec N*** et La Cheminée de l’atelier de Chassy de Balthus



Balthus (1908-2001), La Cheminée de l’atelier de Chassy , 1955, huile sur toile, 73 x 92 cm, collection particulière

La peinture ne m’évoque presque jamais de souvenirs autres qu’elle-même. Je veux dire : si des souvenirs personnels me viennent quand je vois une toile, c’est des souvenirs liés ou bien à l’œuvre que je regarde (quand, où, avec qui, comment j’ai vu ce tableau par le passé) ou bien à d’autres œuvres (telle nature morte de Bonnard qui me fait penser à telle nature morte de Chardin). Des amis savent retrouver dans un portrait de Vouet telle expression d’un de leurs proches, dans un intérieur de Vuillard l’éclairage de tel appartement parisien où ils ont passé une soirée.

Pas moi, à une ou deux exceptions près : cette Cheminée de l’atelier de Chassy de Balthus, revue ce soir, me restitue presque à l’identique un souvenir vieux de près de douze ans.

L’image : pour moi, la liseuse assise sur le sol, nue sous une grande chemise d’homme, c’est N*** (cette poitrine un peu lourde, ces cuisses pleines, le naturel de la posture : ce qui la rapproche de mon souvenir est aussi ce qui fait du tableau un hapax au milieu des préadolescentes hiératiques de Balthus) ; la cheminée, la salle avec la grande table, c'est la vieille maison de l’Yonne qui nous avait été prêtée par mon ami Y*** pour un week-end ; la lumière, c’est celle des matins dans l’été caniculaire de 200*.

(Quelques variantes, bien sûr : pas de grand chevalet ni de toile posée contre le mur ; le sol était dallé de tommettes sang-de-bœuf ; les montants de la cheminée étaient de brique crue, surmontés d’un trumeau de bois noirci de suie ; les cheveux de N*** étaient d’un brun plus noir, moins châtain, et la chemise qu’elle portait ainsi était de coton bleu clair.)

Je connaissais N*** depuis mon année de khâgne. Je l’avais désirée, elle le savait, ne s’était jamais donnée à moi. Elle devait me dire, ce week-end-là, que nous étions trop semblables (grands lecteurs, taiseux et solitaires, protégeant tous deux sous un formalisme désuet une sensualité vorace : « deux eaux dormantes », selon ses propres termes) pour ne pas éprouver une sorte d’inquiétude à l’idée d’entretenir une liaison avec moi (« presque un inceste »).

Elle allait, deux mois plus tard, épouser un homme en tous points différent de nous : ambitieux, expansif, sans secret, ennemi du tabac, de l’alcool et du café et aux appétits sensuels modérés… A son faire-part de mariage, elle avait joint un billet où ses élégantes pattes de mouche me laissaient entendre (inexplicablement, j’ai perdu ce billet et ne peux m’en remémorer les termes exacts) qu’elle souhaiterait passer quelques jours dans ma compagnie exclusive.

Elle venait de rendre les clefs de son studio du Quartier Latin, habitait chez ses parents à Sceaux avant d’emménager avec son futur mari dans les tours du front de Seine, dans le 15e arrondissement. Ma mansarde de la rue Vavin était minuscule – et promettait d’être invivable, le zinc chauffé à blanc par la canicule. Je résolus donc d’emprunter à mon ami Y*** les clefs de sa vieille maison de famille (une ferme aménagée en résidence secondaire) dans les coteaux de l’Auxerrois.

Nous passâmes ensemble deux jours. Nous faisions l’amour toutes les deux ou trois heures. Quand nous étions épuisés, nous nous taisions ; somnolions parfois un peu ; jetant quelque chose sur nos épaules plutôt que nous rhabillant, nous allions lire dans la grande salle vide (N*** lisait La Chambre claire de Barthes, moi Perturbation de Bernhard), assis sur les tommettes plus fraîches que les fauteuils ; en silence toujours, tantôt nous préparions du café et fumions des Gitanes (N*** est la seule femme que j’ai vu fumer des cigarettes brunes), tantôt nous prenions une douche, tantôt nous allions au puits de la cour remplir la cruche de verre d’une eau glacée au goût métallique ; parfois, lorsque la faim nous nouait l’estomac, nous dévorions des ventrées de fromage et de pain de campagne.

Je me souviens du goût qu’avaient les sécrétions du sexe de N*** : un goût d’huître fine-de-claire : frais, salé, avec des notes de noisette en arrière-bouche. Je me souviens des muscles de ses cuisses se contractant comme des câbles, enserrant ma tête ou mes reins. Je me souviens de sa voix toujours un peu rauque qui descendait d’une octave vers le contralto lorsqu’elle me disait des mots d’une crudité inouïe. Je me souviens qu’elle ne voulait pas que je jouisse en elle mais que nous parvenions à l’orgasme en même temps, elle masturbant ma queue au dessus, moi frottant son clitoris jusqu’à m’en endolorir les phalanges (« … c’est quand du sperme chaud gicle sur mon ventre que je jouis vraiment, tu sais. »)

Rentrés à Paris, nous ne nous sommes plus jamais revus, selon un pacte tacite.

mardi 3 juillet 2012

Eclaircissement I : Facesitting/smothering


J’écrivais l'autre jour : « Autant je n’éprouve aucune attirance à l’égard du bondage, de la domination “purs” – dans la mesure où eux aussi sont des codes contraignants –, et moins encore à l’égard du SM (infliger ou recevoir douleur ou humiliation est fondamentalement étranger à mon érotique volontiers hédoniste), autant j’aime ces jeux, cette subversion vis-à-vis des codes sexuels. »

Je dois tout de même préciser : ceci étant posé, j’affectionne tout particulièrement certaines pratiques généralement liées aux codes du BDSM. Par exemple, outre le fait d’être attaché aux montants du lit, j’aime lécher le sexe, les fesses d’une femme assise sur mon visage. Suis-je pour autant un adepte de ce qu’on appelle « facesitting » ou « smothering » ? Pas vraiment, dans la mesure où ces deux mots renvoient, précisément, à des figures imposées du BDSM.

Ainsi « facesitting » semble-t-il suggérer quelque chose qui relève de l’humiliation. Or lorsqu’une femme s’assied sur mon visage, je ne me sens nullement humilié ou rabaissé. J’y vois plutôt l’expression d’un désir impérieux d’être léchée avec plus d’intensité que dans un cunnilingus ou un anulingus classique : et ce que j’éprouve alors, c’est tout ensemble la gratitude devant ce que je prends pour une marque de confiance (double : ma partenaire se sentirait donc en confiance avec moi pour m’adresser une demande aussi intense, et aurait assez de confiance en ma capacité de répondre à cette demande) et le souci de bien faire ce qui m’est ainsi demandé.

De même, « smothering », littéralement « étouffement », renvoie-t-il implicitement à quelque supplice. Certes, le souffle peut en effet venir à se raréfier dans cette position, quand le corps désiré pèse sur ma bouche et mon nez, et que le suc mêlé de ma salive, de ses sécrétions et de nos sueurs emplit peu à peu tous les interstices de nos chairs où l’air pourrait filtrer. Mais ce n’est pour moi nullement un supplice, tout au plus un léger inconfort ; inconfort qui, par ailleurs se trouve, au niveau des pures sensations, largement compensé par ce simple fait : lorsque la bouche et le nez se trouvent ainsi envahis par la sueur et les sécrétions de ma partenaire, la sensation de s’incorporer au corps désiré atteint alors une puissance gustative et olfactive qui subjugue, et qu’accroît encore jusqu’au vertige le manque d’oxygène. C’est donc bien là non un supplice que je subirais mais une jouissance sensuelle dont je suis (avec quelle gratitude) le bénéficiaire.