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samedi 22 septembre 2012

Fantasme II




Bien entendu, vous n’auriez jamais douté que la médaille aurait son revers – et que j’étais trop poli, trop galant, trop complaisant (poussant même la complaisance jusqu’à adopter fréquemment à votre égard certaines postures d’adulation, voire de soumission) pour ne pas nourrir sourdement le désir de vous mettre à mal, ne serait-ce que par jeu. Et la veille, vous auriez non moins pertinemment su que le moment était venu de découvrir ce revers jusque là soigneusement caché : vous le disaient au téléphone le son froid et sec de ma voix, mes phrases brèves à l’impératif, et plus encore la substitution impromptue du tutoiement au voussoiement jusque là en vigueur – à tel point que ce « tu » et « toi » à vous adressés auraient sonné plus dur, plus cru que si je vous avais craché au visage « chienne », « garce » ou « salope ».

Les ordres en eux-mêmes n’auraient pourtant rien impliqué de particulièrement dégradant : je ne vous aurais ni demandé de vous déguiser en pute, ni ne vous aurais donné rendez-vous dans une maison de passe ou des chiottes de gare ; non, n’avaient été le ton et le « tu », tout aurait pu laisser envisager quelque classique 5 à 7 : je ne vous aurais demandé que de porter cette (coûteuse) petite robe-fuseau noire et de vous maquiller, de vous coiffer comme vous aviez coutume de le faire lors de nos précédentes rencontres (c’est-à-dire un peu plus qu’il n’est d’usage pour un après-midi ordinaire, mais sans rien d’outrancier : comme vous vous apprêtez, j’imagine, lorsque, le soir, vous allez à l’opéra ou à un vernissage) ; et l’hôtel d’une rue calme du 17e où nous allions nous retrouver, s’il était en effet pas dépourvu d’une certaine aura d’amours clandestines, relevait bien plus de l’« hôtel de charme » que de l’hôtel borgne.

Lorsque vous auriez poussé la porte de la chambre où je vous attendais, vous auriez peut-être été en train de vous demander si, au fond, ces considérations devaient ou non vous rassurer. Vous eussé-je ordonné de porter une minijupe de cuir et des bas résille, de vous farder comme une fille de rue, vous eussé-je fixé rendez-vous dans un lieu franchement interlope et crasseux, vous auriez en effet su à quoi vous attendre. Là, l’incertitude vous interdisait de vous raccrocher à quelque cliché.

« Tais-toi. Déshabille-toi complètement et mets-toi à genoux. » Ce ne serait donc que cela ? (Pas même l’aumône d’une fessée que vous auriez peut-être espérée, et telle qu’il m’était arrivé de vous en prodiguer, cuisante certes mais non sans amusement et affection.) Oui, « que cela », mais la pipe vous aurait tout de même surprise par sa brutalité : je vous aurais enfoncé ma queue dans la bouche, vous interdisant toute caresse manuelle, tout jeu de langue, et ne me souciant pas davantage de ce léger spasme initial, provoqué par une légère suffocation ou une déglutition interrompue.

Vous auriez même laissé échapper un cri, étouffé par cette queue qui s’enfonçait, lorsque je vous aurais tiré les cheveux pour en faire une torsade que je tiendrais comme des guides : un cri de douleur, sans doute, mais de douleur légère, de surprise bien plus sûrement. Et puis, passant mon autre main à l’arrière de votre tête, j’aurais appuyé – assez fortement, assez longtemps pour que vos lèvres se collent à mon pubis et que mon gland touche le fond de votre palais : vous auriez réprimé un haut-le-cœur, des larmes auraient commencé de couler de vos yeux (oh, des larmes de simple réaction physiologique : vous en avez vu d’autres) et peut-être même un peu de bile serait-elle remontée dans votre bouche – au moment précis où, moi, j’aurais senti le frémissement mou de votre luette sur mon gland. Ainsi donc, il ne se serait pas agi d’une simple pipe, mais d’une vraie « gorge profonde » : va pour la gorge profonde, de toute manière je ne vous aurais guère laissé le choix.

J’aurais donc continué à limer votre fond de gorge. Cela n’aurait pas été insoutenable, non, mais néanmoins de plus en plus pénible. La pression de mes mains sur votre tête et ces cheveux toujours fermement tirés aurait fini par vous donner une sensation de brûlure sur tout le cuir chevelu ; le frottement continu de ma queue par irriter les muqueuses de votre pharynx et la peau de vos lèvres. Vers l’attache de vos mâchoires un échauffement douloureux aurait commencé à poindre, et des contractions lancinantes proches de la crampe à parcourir vos muscles zygomatiques (sans que le rire y soit pour rien) ; insensiblement, ces douleurs auraient irradié autour de l’œil, provoquant de nouvelles larmes incontrôlées. Indolore mais sans doute plus humiliant : le mouvement de mon gland rendant difficile une déglutition régulière, votre bouche se serait emplie d’une salive mêlée de liquide de Cowper qu’il vous aurait bien fallu vous résoudre à laisser couler de vos lèvres – et de longs filets de bave auraient fini par se coller à votre cou et à s’égoutter sur vos seins. Enfin, vous auriez éprouvé de plus en plus de peine à respirer, de sorte que vous auriez commencé à sentir des bouffées de fièvre vous monter au visage, que vous vous seriez retrouvée en nage, et bientôt suffocante comme au terme d’une course où aucun « second souffle » ne serait venu vous secourir.

Alors peut-être auriez-vous d’abord pensé que vous deviez être à faire peur, et ensuite que c’était de cela même que j’entendais jouir : de la défaite, sous les coups de ma queue, de ce visage dont la beauté m’avait moi-même si souvent vaincu (peut-être vous seriez-vous-même souvenue, si vous étiez encore capable de penser à quoi que ce soit, du jour où j’avais cité le prologue d’Une saison en enfer : « Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. − Et je l'ai trouvée amère. − Et je l'ai injuriée. ») Oui, j’aurais joui de ce front plissé où des veines commençaient à saillir, de ce visage cramoisi et ruisselant de sueur, de ces lèvres où ne subsistaient que de vilaines traces de carmin, de ces trainées de rimmel et de mascara fondus coulant sur vos joues, de ces longues traces de bave dégoulinant sur votre fier menton et maculant vos seins aux émouvantes tavelures.

Puis votre épreuve aurait pris fin aussi brusquement qu’elle aurait commencé. Je vous aurais lâché la tête, j’aurais retiré ma queue de votre bouche sans même y avoir joui. Vous m’auriez regardé avec des yeux un peu perdus ; sans doute même auriez-vous imaginé, me voyant me branler devant votre visage, que tout cela, selon les règles du genre pornographique, allait s’achever par une éjaculation faciale (cette séance ayant inversé toutes les précédentes, il aurait été possible, après tout, que je me livre à cette pratique que je vous aurais dit ne pas aimer).

En revanche, vous ne vous seriez pas attendue à ce qui serait arrivé ensuite : que je saisisse votre petite robe noire et que, la serrant en boule autour de ma queue, j’y crache mon foutre, avant de vous la tendre, en guise de serviette, afin que vous vous alliez dans la salle de bain vous y essuyer le visage et le corps. De sorte que, lorsque je vous aurais congédiée, vous auriez dû sortir dans la rue et regagner votre domicile, vêtue de la coûteuse petite robe noire froissée et souillée.

vendredi 13 juillet 2012

Fantasme I



La veille, au téléphone, vous m’auriez dit n’avoir, entre votre réunion du matin et celle de l’après-midi, que très peu de temps à me consacrer, et même ne pouvoir être sûre de vos horaires à l’avance. (Or c’eût été la seule journée que j’eusse dû passer à Paris.) Je vous aurais alors proposé de vous attendre dans un café, près de votre bureau, afin que nous puissions déjeuner ensemble, fût-ce d’un sandwich. Vous auriez refusé, réfléchi, puis proposé une autre solution : que j’aille vous attendre chez vous. J’aurais protesté que cela nous laisserait encore moins de temps. Vous auriez insisté. J’aurais bien sûr fini par céder.

J’aurais donc trouvé, conformément à ce que vous m’auriez dit, le double des clefs de votre appartement au fond du porte-parapluie du palier. La surprise aurait été, dans une enveloppe à mon nom glissée sous la porte, ce bristol où vous auriez écrit ces quelques lignes : « Quand vous serez arrivé, déshabillez-vous, et montez m’attendre dans la mezzanine. J’arriverai sitôt que je le pourrai. » Je me serais donc exécuté, laissant mes vêtements sur une chaise au bas de l’escalier.

Je serais donc là, à vous attendre depuis près de trois quarts d’heure, assis sur le fauteuil de votre mezzanine, la bite tantôt bandant dur tantôt flaccide, selon le cours de mon imagination.

A présent, j’entendrais votre clef tourner dans la porte d’entrée, en bas, puis vos pas sur le parquet. Vous diriez, contemplant sans doute mes effets : « Bonjour, Gabriel. C’est un plaisir de vous trouver si compréhensif. Pardonnez-moi, mais je dois filer dans cinq minutes. » Je nous vous répondrais rien, submergé d’émotion à vous entendre, d’abord, puis à vous voir monter les escaliers.

Nous nous souririons sans rien dire, vous un peu essoufflée mais impeccablement coiffée et maquillée, et vêtue d’une élégante robe de coton à imprimé. Je serais un peu confus, non de ma nudité, au contraire, mais de prendre ainsi de votre temps si précieux – et anxieux de pouvoir répondre à ce que vous attendez de moi.

Puis, sans mot dire, vous me feriez rassoir, ôteriez vos escarpins, remonteriez le bas de votre robe afin de ne pas le froisser, puis vous agenouilleriez. En dépit de votre position, je n’oserais imaginer que vous puissiez me sucer : votre maquillage risquerait d’en souffrir, et vous n’auriez pas le temps de le refaire.

Non, bien sûr, vous ne me suceriez pas : vous me branleriez, tantôt avec lenteur et tendresse, tantôt presque avec brutalité, sans cesser de me regarder dans les yeux ni de me sourire – et toujours sans dire un mot. Au moment où je jouirais, vous accompagneriez si bien de vos mains la montée du foutre que celui-ci s’écoulerait doucement de ma queue, de sorte que vos vêtement, vos cheveux, votre visage demeureraient immaculés.

(Outre que vous vous soucieriez de votre mise, vous auriez deviné mon peu de goût pour l’« éjaculation faciale ».)

Vous lécheriez du bout de votre langue – en ayant soin de n’y pas compromettre votre rouge à lèvres –  le foutre sur vos doigts, puis me passeriez d’un geste presque sec une petite serviette éponge pour que j’essuie celui qui serait répandu sur mon ventre. Vous vous redresseriez, sans vous départir de votre sourire.

Puis déjà, vous réajusteriez votre robe, renfileriez vos escarpins en me disant : « Pardonnez-moi, Gabriel, j’avais si peu de temps… Il faut que je file. » Tandis que je demeurerais interdit, vous seriez déjà redescendue, continuant de parler. « Mais vous, prenez votre temps, n’hésitez pas à profiter de la douche, c’est ici, au fond du couloir, les serviettes sont dans la petite armoire. Laissez les clefs là où vous les avez trouvées. Je vous embrasse. »

J’aurais beau, à ce moment-là, sortir de ma stupeur et dévaler l’escalier, ce serait trop tard : vous auriez déjà fermé la porte derrière vous. Je ne pourrais évidemment pas sortir nu sur le palier pour vous quémander un baiser. Il ne me resterait donc plus qu’à suivre vos dernières instructions. Il ne serait pas interdit de penser que, tout à l’heure sous la douche ou un plus tard sur le quai de la Gare de Lyon, je pleurerai – de gratitude.